Pour découvrir l’univers culturel de la Gaspésie, il faut plonger dans l’œuvre de Sylvain Rivière, Poète, auteur de chansons, dramaturge et aussi excellent conteur, l’auteur originaire de Carleton-sur-mer célébrait en 2016 ses trente-cinq ans de carrière. Entre "De saumure et d’eau douce" paru en 1981 et "Carnets de la Gaspésie" en 2016, il a porté sa plume à quelque 75 ouvrages. Son premier opus a été réédité en 2016 pour souligner cet anniversaire et deux autres doivent être réédités en 2017 en plus de nouvelles publications.
Sylvain Rivière est de ces auteurs qui trouvent l’inspiration au contact des gens. « Je m’inspire de la tradition orale, des gens, des rencontres, des perceptions, du vécu. Ce sont des moments d’humanité qu’il faut recevoir, digérer, et tant mieux si on peut leur donner une deuxième vie », racontait-il à un journaliste l’an dernier.
En 1981, alors que débute sa carrière, il déménage aux Îles-de-la-Madeleine, qu'il affectionne tout particulièrement. Il y fonde en 1989, le Théâtre de la Parlure où il présente plusieurs de ses productions. En 1990, il remporte le Prix Jovette-Bernier et le Prix Mérite culturel gaspésien. Il obtient également le Prix France-Acadie en 1994 avec son roman La Belle Embarquée. En 1996, son apport culturel est de nouveau récompensé, cette fois par le Prix Rosaire-Vigneault. Il reçoit le Prix Arthur Buies pour l'ensemble de son oeuvre en 1998.
Depuis quelques années, il est de retour en Gaspésie après avoir parcouru le monde pendant quarante ans et il vous accueille chaque été à son gite poétique La Lavandésie à Maria, tout près de Carleton-sur-mer où il est né. Mais il ne faut pas trop tarder car dès que la saison touristique tire à sa fin, Sylvain Rivière a le pied marin et il repart rapidement vers de nouveaux horizons
Après avoir quitté sa Bretagne natale pour le Québec en 1977, Gérard Pourcel a tour à tour été enseignant, chroniqueur littéraire, journaliste, directeur d’organismes littéraires, puis agent culturel pour le Ministère de la Culture. Ses emplois successifs l’ont amené à vivre à Alma, Jonquière, Montréal, puis Baie-Comeau où il s’est fixé à la retraite. C’est là qu’il s’implique dans l’Association des hommes gais de Manicouagan jusqu’à sa dissolution en 2009.
Esprit libre, mal à l’aise face aux rectitudes politiques et morales, ses sources d’inspiration s’ancrent dans le terreau social et humain souvent banal. Il force le destin de ses personnages fictifs, mais si vrais, dans leurs zones d’ombre, sans pour autant les juger. Essentiellement nouvelliste et accessoirement blogueur, il s’exerce même à l’art du haïku avec un ton humoristique, voire corrosif.
Il avoue publier peu, mais l’écriture est toujours au centre de ses préoccupations. Prix de la Plume saguenéenne en 1984 pour une nouvelle, Pas de café pour Émile, il publie son premier recueil, Le Dernier été balkanique en 1989. Au cours des ans, il a signé plusieurs nouvelles dans le collectif Un lac, un fjord, un fleuve, chez XYZ éditeur, aux éditions Tire-Veille et dans la revue littéraire de la Côte-Nord Littoral.

Il nourrit son imaginaire de ses voyages en Europe, au Moyen-Orient, en Afrique du Nord, en Amérique du Nord, centrale et du Sud et, plus récemment, au soleil de Cuba en hiver, où il a écrit son recueil de nouvelles paru en 2012, Chroniques d’une mémoire infidèle. Les onze nouvelles de ce recueil nous transportent de la Côte-Nord au Village gai de Montréal, des États-Unis au Mexique, en passant par Cuba et le Maroc. Mais au-delà de l’exotisme des sables brûlants et des hivers enneigés, c’est un voyage au cœur de l’humanité que nous propose l’auteur. Passions, idéaux, sentiments nobles et moins nobles, sensualité, séduction, désir. Un parcours audacieux, souvent empreint d’humour, qui explore les arcanes de la sensibilité gaie.

En 2021, il nous offre De Pessamit à Jérusalem: Une Innue se raconte qu’il a corédigé avec et à partir des souvenirs et de la vie de sa voisine Ninon Labrie qui raconte le parcours atypique de cette femme qui a su construire son bonheur et celui des autres.
Depuis ses débuts et même aujourd’hui, à bientôt 69 ans, Yves Jacques mène parallèlement une carrière au Québec et en France, tant au cinéma qu'au théâtre. Il a tourné dans six films du réalisateur québécois Denys Arcand, dont Le Déclin de l'empire américain, Jésus de Montréal et Les Invasions barbares, et plus récemment, Le Testament (2023) aux côtés de son ami Robert Lepage (photo ci-bas). Il a tourné dans sept films du cinéaste français Claude Miller. Il a aussi travaillé pour Xavier Dolan.
Il a joué en tournée mondiale, à partir de 2001, deux spectacles de Robert Lepage, La Face cachée de la Lune et Le Projet Andersen, dont il interprète seul les personnages. Par la suite, il a joué dans une multitude de pièces au théâtre, ici comme ailleurs en Europe. Il considère que son personnage d'enseignant homosexuel dans Le Déclin de l'empire américain lui a permis d'assumer lui-même son homosexualité.
Le cinéaste Claude Miller, qui fit appel à lui pour plusieurs rôles au cinéma, a dit de lui : « Yves Jacques est l’un des plus grands acteurs du monde, c’est une grande vedette au Québec. (…) Sa culture d’acteur anglo-saxonne est merveilleuse, il est capable de passer du drame à la comédie avec un grand sens du rythme, de la musique. »
C’est d’abord comme chanteur du groupe québécois Slick and the Outlags, qui parodiait le rock and roll américain des années 50, qu’il s’est fait connaître, dans les années 70, pendant ses études en théâtre. Puis en 1981, avec la chanson « On ne peut pas tous être pauvres », il devient le premier réalisateur de vidéoclip indépendant au Québec.

À la suite de sa sortie du placard en 1997, il fait partie des gouverneurs de la Fondation Émergence pour la défense des droits LGBT et a été pendant deux ans porte-parole du Centre d'aide Gai Écoute.
Il a été nommé Chevalier de l’Ordre des Arts et des Lettres par le ministère de la Culture et de la Communication de France en février 2001, et Officier de l’Ordre du Canada depuis 2009, pour ses interprétations au théâtre, à la télévision et au cinéma, au Canada comme à l’étranger.
Léa Pool fait partie de ces femmes et de ces hommes qui ont choisi Montréal, dans son cas il y a plus de quarante ans. Née à Genève d’un père d’origine juive polonaise et d’une mère suisse alémano-italienne et protestante, elle immigre en 1975 pour étudier en Communications à l’Université du Québec à Montréal.
Réalisatrice et scénariste, Léa Pool est toujours demeurée discrète sur sa vie privée. Son identité sexuelle, vacillant entre gaie et bisexuelle, se fait sentir dans son observation continue des frontières entre les relations homoérotiques et homosociales chez les femmes comme dans son premier succès primé, La femme de l'hôtel en 1984, et dans son affection pour les triangles amoureux. C’est un sujet familier pour la réalisatrice comme femme juive et immigrante, mère monoparentale de surcroit.
Dans Rispondetemi, réalisé dans le cadre de l’anthologie Montréal vu par... à l’occasion du 350e anniversaire de la ville, son histoire d’une femme accidentée en route vers l'hôpital dans les bras de son amante à travers un parcours fou dans les rues de Montréal, considérée comme l’un de ses chefs-d’œuvre, est certainement son film le plus ouvertement lesbien. Les films les plus puissants de Pool sont ceux qui s’inspirent de ses expériences personnelles comme Anne Trister, sorti en 1986, le récit d’une artiste bisexuelle immigrante en conflit avec ses parents, tout comme Emporte-moi sorti en 1999. Avec À corps perdu, elle adapte le roman Kurwenal de l’écrivain Yves Navarre et explore l’homosexualité masculine.
Grand succès auprès du public, son film La Passion d’Augustine, sorti en 2015, a remporté six prix au Gala du cinéma québécois dont ceux de meilleur film et meilleure réalisatrice. En remportant le prix de meilleure réalisatrice, Léa Pool devenait la première femme à remporter ce prix dans le cadre de ce Gala.
Originaire d’une famille installée sur la Côte-nord depuis plusieurs générations, Johanne Roussy se définit comme sculpteure sociale. Elle aborde sa pratique artistique de façon socialement engagée et multidisciplinaire. Avec à son CV une vingtaine d’expositions à travers le Québec et en Afrique du Sud, elle s’intéressera, tout au long de sa pratique, à l’implication de l’humain au sein de ses œuvres et prendra une direction résolument sociale, politique et post-coloniale après un voyage en Afrique du Sud (2000) où elle rencontrera plusieurs groupes d’artistes militants pour les droits de la personne. L’amour, dans son sens neurologique et endocrinien, devient alors son intentionnalité première dans l’élaboration de ses scénarios d’art-action. Dès son retour de voyage, elle reviendra s’implanter dans sa ville natale, Sept-Îles, et fondera l’Atelier de la 8e île, un concept culturel autonome et autofinancé ayant comme mandat de recevoir des artistes en résidence de création ainsi que le partage des savoirs faires.

Pour l’artiste sept-îlienne, le concept de la 8e île est l’œuvre d’une vie. Dans une volonté de créer des ponts entre les peuples, leurs savoir-faire et les artistes de tous les horizons, elle développe ce lieu de recherche, création, production, diffusion et médiations culturelle en arts multidisciplinaire dans une ancienne église biconfessionnelle catholique et protestante d'une base radar désaffectée de l'armée canadienne sur la Pointe de Moisie.

La sélection des artistes se fait sur invitation et ces derniers ont accès à des équipements de travail du bois, du métal et bientôt de la céramique. Des espaces pour le logement sont aussi offerts à prix modiques, afin d’offrir une bulle de création plus efficace pour des artistes en individuel ou en collectif. Pour faire une place plus grande aux arts vivants, son équipe est en train de transformer la partie catholique en salle multi, qui permettra de recevoir des spectacles, des groupes de travail ainsi que les projets de la communauté.
Par Gaëtan Vaudry
Photo : Éditions Héliotrope
Il est à peine âgé de 32 ans et son nom est déjà sur toutes les lèvres. Natif de Chicoutimi, mais vivant à Montréal depuis quelques années, Kev Lambert s’avère un prolifique auteur qui collectionne les prix les plus prestigieux.
Son manteau de cheminée regorge déjà de plusieurs prix, dont le celui de la meilleure thèse en arts et sciences humaines de l'Université de Montréal, le prix Pierre L'Hérault de la critique émergente, le prix découverte du Salon du livre du Saguenay−Lac-Saint-Jean, le prix Sade, le prix du CALQ (Conseil des arts et lettres du Québec), le prix Ringuet, le prix Décembre, ainsi que le prix Médicis 2023… rien de moins!
Diplômé de l'Université de Montréal avec une maîtrise et un doctorat, l’écrivain publie son premier roman Tu aimeras ce que tu as tué en 2017. Dans ce récit qui se déroule dans un Chicoutimi malsain et morbide, Kev Lambert utilise la haine comme ton littéraire et critique avec virulence la xénophobie et l’homophobie qui sévit encore au Québec. Déjà, le jeune homme parvient à faire tourner bien des têtes, principalement celles de la scène littéraire québécoise. Il n’en fallait pas plus pour mettre la table pour son second roman, Querelle de Roberval, paru un an plus tard. Cet opus - renommé Querelle par son éditeur français - qui nous relate la lutte des ouvriers et ouvrières de la scierie de Roberval envers leur patron, recevra une multitude de prix et de mentions qui feront rayonner le nom de Kev Lambert au-delà de nos frontières.

Plusieurs se souviendront qu’en juillet 2023, Kev Lambert n’a pas apprécié que le premier ministre du Québec, François Legault, souligne sa dernière œuvre Que notre joie demeure sur Twitter. L’écrivain a farouchement répliqué à la critique littéraire du chef de la CAQ sur les réseaux sociaux : « M. Legault, en pleine crise du logement, alors que votre gouvernement travaille à saper les derniers remparts qui nous protègent d’une gentrification extrême à Montréal, mettre mon livre de l’avant est minable (…) Ce qui m'a dérangé, ce n'est pas tant le fait qu'il lise des livres qui s'éloignent de ses idées politiques ou de sa chambre d'écho, mais c'est la lecture qu'il a faite de mon livre dans le contexte de la crise du logement. » Les deux hommes allaient par la suite se répondre, au moyen de quelques messages.
Ouvertement gai, Kev Lambert, en entrevue dans La Presse avec le metteur en scène René-Richard Cyr en 2021, affirme vouloir participer au mouvement d’affirmation homosexuelle dans ses œuvres : « J’aime ça faire partie de la catégorie LGBTQ », souligne-t-il. Selon lui, l’industrie culturelle s’impose des changements, des ajustements : « Les catégories ne me dérangent pas du tout. C’est une grosse machine, l’industrie culturelle, ça prend du temps à faire bouger, mais ça bouge. »
Le 9 novembre 2023, Kev Lambert recevait le prix Médicis pour Que notre joie demeure, un prix littéraire français fondé en 1958, afin de couronner un roman, un récit, un recueil de nouvelles, dont l'auteur débute ou n'a pas encore une notoriété correspondant à son talent. Le Médicis, est doté d'une bourse de 1000 euros, soit un peu moins de 1500 $.
En 2003, Manon Briand, la cinéaste originaire de Baie-Comeau, obtenait quatre nominations au Gala Québec Cinéma, dont celui du meilleur scénario, pour le chef d’œuvre « La Turbulences des fluides », tourné dans sa ville natale. Une décennie plus tard, elle remportait le Women in Film and Television Artistic Merit Award au festival de Vancouver, pour son long-métrage « Liverpool ».
Après son diplôme en Arts Plastiques, option cinéma à l'Université Concordia, Manon Briand complète sa formation par un stage d'écriture de scénario à Villeneuve-Lès-Avignon. En 1988 elle crée avec l'aide d'autres réalisateurs, " Les films de l'Autre " un collectif de cinéastes indépendants.

En 1990, elle produit et met en scène Les Sauf Conduits qui remporte le Prix Claude-Jutra du Meilleur Espoir aux 10e Rendez-vous du cinéma québécois et le Prix du jury " Graine de Cinéphage "au Festival Films de Femmes de Créteil en 1992. Manon Briand y prend le pouls de sa génération de gais, lesbiennes, bisexuels urbains branchés – et mêmes des hétérosexuels – pour qui l’identité sexuelle est une affaire de cœur.
Elle écrit et réalise deux courts-métrages, Crois de Bois en 1992 et Picoti Picota en 1995 qui remportent, entre autres, le Prix de la Fondation Alexander S. Scotty pour le meilleur film traitant de la vieillesse et de la mort au festival international du court-métrage d'Oberhausen en 1996. En 1997, elle écrit et réalise un des segments du film collectif Cosmos, sélectionné à la Quinzaine des Réalisateurs du Festival de Cannes 1997 et Lauréat du Prix International d'Art et Essai.

Avec son premier long-métrage « 2 Secondes », la cinéaste propose un mélodrame habilement forgé, traitant d’une lesbienne, coureuse cycliste finie, qui s’épanouit comme courrier à vélo dans les rues usées de Montréal. Au début des années 2000, « Heart—The Marilyn Bell Story », une biographie télévisée en anglais au sujet de la nageuse marathonienne de Toronto, lui a permis de parfaire ses compétences comme réalisatrice, tout comme de pousser plus loin son intérêt pour les corps féminins, les défis athlétiques et l'ambiguïté sexuelle.
Wikipédia classe la Baie-Comoise dans la catégorie « Réalisatrices canadiennes dont l’œuvre est marquée par les thèmes LGBTQ ». Son nom est désormais accolé à une certaine nouvelle vague du cinéma québécois.

La seule évocation de son nom inspire le respect et la noblesse de sa profession. L’architecture, Phyllis Lambert, née Phyllis Barbara Bronfman en janvier 1927 à Westmount, en a fait une mission de vie. Son nom de Lambert lui vient d’une brève union en France avec l’écrivain Jean Lambert en 1952, dont elle a préféré conserver le nom.
D’abord engagée dans les arts et pratiquant la sculpture, c’est en 1954, installée à New York, qu’elle commence à s'intéresser à l'architecture, pour enfin obtenir, en 1963, un diplôme à l'Illinois Institute of Technology, à Chicago.
Héritière de la riche famille Bronfman, elle est vite devenue une philanthrope remarquée et appréciée en s’engageant à la défense des intérêts de divers groupes citoyens ou de secteurs de la ville menacés par le développement.
Dans les années 1960, Phyllis Lambert fut l'initiatrice et la conceptrice du Centre des arts Saidye-Bronfman à Montréal, nommé en l'honneur de sa mère. Elle consacre une bonne partie de sa vie et de sa fortune à la promotion de l'architecture et du patrimoine en fondant en 1979, le Centre canadien d'architecture (CCA), un centre de recherche et d'exposition sur l'architecture de classe mondiale dans un bâtiment historique au cœur du Village Shaughnessy.
Elle contribue aussi à la fondation de l'organisme voué à la protection du patrimoine Héritage Montréal en 1975 et participe à de nombreux projets, dont la protection et la valorisation du Golden Square Mile, au cœur de la ville.
Son regard est à la fois celui de l’architecte et de l’amoureuse des vieilles pierres, mais aussi de celle qui s’intéresse à la vie urbaine et aux êtres humains qui en font partie. « L’architecture, c’est d’abord l’environnement », dit-elle. Celle qu’on a surnommée Jeanne d’Architecture, mais aussi Citizen Lambert, ne démord toujours pas de ce credo : la ville doit être à l’image de ceux qui l’habitent.
Même après plus de 80 ans de travail et de militantisme dans une ville qu’elle chérit plus que tout et dont elle a contribué à façonner le visage, Phyllis Lambert poursuit sa mission : placer l’environnement architectural montréalais sous la loupe.
Quelle place occupe l'identité de genre chez les nouvelles générations ? Pour répondre à cette question (et bien d'autres), le professeur émérite en travail social à l’Université Laval, Michel Dorais, a publié récemment « La révolution des identités de genre enfin expliquée ». Pour Michel Dorais, le mot « révolution » est loin d'être exagéré.
En tant que co-président d’honneur de la 3e édition du Salon du livre queer de l’organisme Fierté Littéraire, les 7 et 8 décembre 2024, il a participé à une conférence portant sur le contenu de son dernier ouvrage, animée par l’ex-journaliste, auteur et animateur radiophonique, Denis-Martin Chabot, un des fondateurs de l’événement.

« On en parle beaucoup, notamment parce que de plus en plus de jeunes se désignent comme non-binaires, trans, fluides, bi-genres, agenres, etc. Toutefois, il existe encore énormément de confusion sur les identités liées au genre, mais aussi au sexe et à la sexualité. Expliquer clairement et simplement ce qui se passe chez les jeunes générations dans la façon de se définir est le but de mon ouvrage. Il est destiné aux parents, aux grands-parents et aux intervenants de nombreux milieux (école, travail, sports et loisirs) qui cherchent à s’y retrouver, Sans oublier les jeunes sont témoins de cette révolution ou la vivent, bien sûr ! »
Fatigué d’entendre et de lire tellement d’inexactitudes et de contre-vérités sur les questions d’identité de genre, il dit avoir voulu partager ce que quarante-cinq années de recherche, d’enseignement et d’intervention en ce domaine lui ont appris. Et donner l’heure juste. « À la suite des débats et des controverses qui se produisent, il y a nécessité de mieux informer, vulgariser, sensibiliser, bref éduquer jeunes et moins jeunes. C’est mon projet. Comme je prône l’écoute bienveillante, j’entends prêcher par l’exemple, et au besoin donner quelques conseils que je voudrais empreints de sagesse (pour autant que mon âge et mon expérience de vie m’en apportent un peu). »
À quoi reconnaît-on cette révolution des identités ? Elle a quatre caractéristiques selon lui. « D’abord, l’éclatement du modèle binaire homme/femme, masculin/féminin, cisgenre/transgenre, hétéro/homo, surtout chez les jeunes. Ensuite, la multiplication des identités possibles, qui amène une floraison de nouveaux mots et concepts, que j’explique. En troisième lieu, la fluidité identitaire : que les identités revendiquées soient permanentes ou transitoires, ce n’est pas une préoccupation pour les jeunes générations. Pour elles, l’important c’est d’être soi ici et maintenant. Enfin, l’affirmation identitaire de qui ont est fait en sorte que l’identité est plus que jamais revendiquée de façon proactive, que ce soit à l’école ou ailleurs. »
Les points forts de cet ouvrage sont la variété des exemples mentionnés, tous réels, qui ouvrent les chapitres, et la solidité des références scientifiques, enfin la volonté d’aborder de front les questions de valeurs. Les chapitres sur les drag-queens et sur la langue épicène semblent particulièrement réjouissants car ils démolissent en douceur bien des préjugés. « En somme, j’ai voulu écrire un ouvrage clair et nuancé, basé sur des faits, qui donnera à réfléchir les gens de tous horizons. Parce que la diversité sexuelle et de genre, elle est là pour rester », assure-t-il.
Un expert passionné et engagé
Comme sociologue spécialiste du genre et des sexualités, Michel Dorais a enseigné pendant 24 ans à l'École de travail social de l'Université Laval, où il fut nommé en mai 2022 professeur associé. Maintenant retraité de l’enseignement, il a été nommé professeur émérite de la Faculté des sciences sociales, en novembre dernier.
Cette haute distinction, décernée par l’Université Laval, vient souligner sa contribution exceptionnelle tant sur le plan académique que scientifique. Pionnier dans l'intervention sociale auprès des personnes LGBT+ et des jeunes victimes d'exploitation et de violences sexuelles, il a fait preuve d'un engagement exceptionnel en intervention, en enseignement et en recherche afin de faire avancer les mentalités et les pratiques sociales.
Il a publié plusieurs ouvrages sur la sexualité et l'intimité, notamment sur la prostitution, la diversité sexuelle, l'homophobie et le suicide chez les jeunes hommes. Le travail comme intervenant social et chercheur de M. Dorais pour les droits LGBT+ et pour les victimes d'exploitation et de violences sexuelles a été souligné de divers prix et nominations à des comités experts. Son avant-gardisme a marqué la Faculté des sciences sociales et l’Université Laval.
Il a écrit et publié de très nombreux articles et ouvrages, certains étant adaptés ou traduits en d’autres langues. Cette notoriété lui a valu plusieurs invitations à des colloques et à des conférences à travers le monde.

La révolution des identités de genre enfin expliquée
Michel Dorais
Éditions Trécarré
2024
(*) L’homme qui plantait des genres : un clin d’œil au titre du film d’animation oscarisé (Meilleur court métrage d’animation, 1988) du cinéaste québécois Frédéric Back, de l’Office national du film du Canada (ONF), L’homme qui plantait des arbres. Très beau film d'animation d'après le récit de Jean Giono dans lequel un berger donne une nouvelle vie à un paysage presque désert. L'histoire offre un message d'espoir sur le pouvoir des efforts patients et dévoués pour créer un monde meilleur.
Longtemps reconnu comme une étoile montante dans le monde de la direction d’orchestre, Yannick Nézet- Séguin dirige l’Orchestre Métropolitain de Montréal depuis 2000 et l’Orchestre philharmonique de Rotterdam en 2008 et devient la même année chef d'orchestre invité principal de l’Orchestre philharmonique de Londres. Le 18 octobre 2012, à 37 ans, il devient chef principal du prestigieux Orchestre de Philadelphie. Il a aussi dirigé quelques opéras au Metropolitan Opera de New York avant de succéder au directeur musical du Met, James Levine, en septembre 2018. On peut donc affirmer que l’étoile a réellement atteint des sommets depuis 20 ans.
Alors qu’il grandit dans Ahuntsic, Yannick Nézet-Séguin étudie le piano dès l'âge de cinq ans et s'intéresse au métier de chef d'orchestre dès l'âge de dix ans. Alors qu’il poursuit ses études au Collège Mont-Saint-Louis, puis au Collège Bois-de-Boulogne, il est admis au Conservatoire de musique et d'art dramatique du Québec à Montréal, puis étudie la direction chorale au Westminster Choir College à Princeton au New Jersey, auprès de Joseph Flummerfelt.

Nommé directeur musical du Chœur polyphonique de Montréal en 1994, il obtient le même poste au Choeur de Laval en septembre 1995. En 1995, il fonde son ensemble vocal et instrumental, La Chapelle de Montréal. À l'Opéra de Montréal, de 1998 à 2002, il occupe les fonctions de chef de choeur, d'assistant chef d'orchestre et de conseiller musical et dirige plusieurs productions et galas. En mars 2000, il prend la direction de l'Orchestre Métropolitain à Montréal, avec lequel il réalise de nombreux enregistrements, sous étiquette Atma classique.

Durant les années 2010, il est invité à diriger de nombreux orchestres lors de productions d’opéra autant à Milan, à Londres qu’ailleurs dans le monde. Il prolonge également son contrat de directeur musical du MET jusqu’en 2030. Il reçoit régulièrement de nombreuses distinctions et décorations prestigieuses, ici et ailleurs dans le monde.
En septembre 2024, Yannick reçoit le Prix Laurent-McCutcheon pour son engagement en faveur de l’ouverture et de l’inclusion. En avril de la même année, il fut nommé 35e dans la liste des 100 personnes les plus influentes au Québec, et seul représentant de la musique classique dans cette liste.

Maestro star et gai assumé, comme titrait Libération en 2019, le célèbre chef d'orchestre s’est marié en août 2021 avec Pierre Tourville (photo ci-haut), avec qui il partageait déjà sa vie depuis plus de 20 ans.